Nous ne sommes pas ce que nous avons été et n’étions pas ce que nous sommes devenus.
Ce qui relie ces deux personnes et n’en fait en apparence qu’Une est leur histoire personnelle assujettie ici-bas par la temporalité.
Notre conscience d’hier et celle d’aujourd’hui n’ont peut-être en commun finalement que cette sensibilité par laquelle nous parlions et parlons encore à notre âme ou au ciel, bien cette sensibilité ait pu considérablement changer, qu’elle se soit révélée, affinée ou dégradée.
Notre intellect et nos connaissances du passé sont-ils encore des liants de notre façon d’être d’aujourd’hui ?
Sommes-nous aujourd’hui plus abouti ou plus délabré qu’hier ? Avons-nous progressé ou régressé ?
La nature humaine a toujours été ondoyante dans ses contradictions, ses ambitions et ses échecs, ses prétentions et ses réalisations.
Ce que la société attend de chacun d’entre-nous est une cohérence comportementale qui ne reflète pas toujours notre réalité. On attend de nous que nous soyons prévisibles, stables alors que nous sommes des êtres multiples et changeants, ce qui fait notre richesse et notre particularité.
Bien sûr, lorsque nous suivons une voie spirituelle qui repose sur une discipline constante, il nous semble devoir maintenir durant des années, le fil cohérent de notre intention de départ. Il pouvait s’agir de se débarrasser d’un problème physique ou psychique, d’optimiser nos compétences morales, physiques et cognitives, ou bien encore d’accéder tout simplement à la connaissance millénaire sacrée.
Quelle que soit l’intention de départ, nous sommes prêts à endosser un rôle pour maintenir vivace cette intention. Nous investissons alors beaucoup d’énergie dans cette façade, ce rôle, mais perdons aussi cette authenticité qui caractérise l’être libre. Or, c’est en abandonnant ce rôle et en intégrant ce que vous êtes totalement, que vous devenez authentique et libre.
L’intention de départ n’est plus alors un poids auquel il vous faut rester fidèle alors que votre esprit, vos émotions, vos intérêts ont changé. Votre intention de départ se transforme subtilement en accord avec les modifications subtiles de votre conscience, changeant peut être vos buts, vos objectifs ou en les aiguisant de manière plus altruiste, moins égocentrique ou plus pointue.
En devenant vous-même plus subtil et plus conscient, vos objectifs spirituels changent.
Vous devenez paradoxalement plus fiable parce que plus authentique.
En développant la connaissance spirituelle en vous, vous ouvrez des champs de compréhension et de perception bien plus grands qui peuvent remanier ces premiers objectifs.
Ainsi, certains peuvent développer des aptitudes créatrices, d’autres adopter des projets humanitaires, changer de profession ou bien encore réviser entièrement leur mode de vie, etc.
Vous réalisez un ajustement cohérent en vous.
Si vos intentions spirituelles se hissent vers les sommets de la métaphysique transcendantale, vous les réaliserez dans chaque obstacle de l’existence avec plus de force car plus évidentes, intégrant tous les aspects qui font de vous cet humain limité mais aspirant à transcender.
Assurément, la pratique spirituelle nous évite l’écueil de la régression.
Alors, me direz-vous, vous transcenderez quoi ?
La mort ? Assurément mais pas telle qu’on l’entend. Le temps ? Peut-être, par une belle longévité. La conscience ordinaire ? Possible par la supra-conscience. Vous aurez assurément transcender la pensée médiocre et la passivité engluante par la maîtrise de vous-même associée à la liberté intérieure nourrie du lâcher prise et de la perception relative.
Le propos du yoga d’un point de vue mystique vise à la transcendance par l’humain, de la matière par l’esprit et de son union avec l’absolu divin, cet absolu étant apparenté à l’univers et à sa fonction consciente de manifestation ou d’occultation.
D’un point de vue plus pragmatique, notre vie est grandement déterminée par la peur de la mort.
Si philosopher est apprendre à mourir, pratiquer la science yoguique revient aussi à cela, non pas avec morbidité et terreur mais relativité et mysticisme.
C’est trouver un sens métaphysique heureux par ce concept de la transcendance de l’esprit et de la conscience ordinaire. Et ce n’est pas illusoire car nous possédons bien des outils précieux qui ne demandent qu’à être optimisés tels le corps, le cœur et l’esprit.
Mais plus encore, en deçà de cet objectif élevé, pratiquer le yoga et la méditation, c’est apprendre à vivre la réalité de l’existence dans l’acceptation de chaque instant pour transcender cette fin inéluctable et inconcevable. Pour cela, il est nécessaire de développer la perception contemplative de ce qui Est, aussi bien dans son aspect séduisant qu’ingrat.
En yoga, nous jonglons entre deux consciences aiguës, celle de la finitude de notre temporalité et celle de l’infinitude de notre dimension objective et absolue.
Cela ne signifie pas que nous vivons dans un idéal inatteignable par un report constant à plus tard de notre véritable réalisation spirituelle. Nous savons qu’elle est déjà là, telle un défi qui nous invite à transcender l’adversité de chaque jour, chacun de nous l’expérimentant avec ses aléas du moment.
En effet, bon nombre d’humains de toute conviction religieuse ou pas, spirituelle ou pas, remettent à plus tard un « temps de vivre » qui n’arrivera jamais véritablement, entretenant au fond d’eux inconsciemment une notion d’immortalité pour faire face à cette mortalité inéluctable.
Ainsi, nombreux sont ceux qui gaspillent leur temps en activités superficielles. Beaucoup font de même concernant le travail sur soi en remettant toujours à plus tard le temps de pratique.
Or le chercheur spirituel est quelqu’un de constant qui reste centré sur l’essentiel tout en sachant accueillir la poésie joyeuse de l’existence de chaque instant.
La poésie, elle-même essentielle, se cache dans les mots et les maux.
Méditer revient à savoir célébrer aussi bien la mort que la vie dans la connaissance silencieuse de leur processus.
L’immortalité nous ôterait la valeur de l’existence.
Chaque instant qui passe ne reviendra jamais mais nous l’oublions à chaque instant.
La vigilance de l’instant présent du chercheur spirituel, le définit comme un observateur conscient du monde qui n’oublie pas.
Elle est donc par conséquent très précieuse.
Vouloir ne pas affronter la réalité de notre propre finitude dans le plan matériel crée en nous une angoisse diffuse et sourde que nous n’entendons pas et qui se tapit dans un refoulement existentiel. Il y a dans nos fondations psychiques, une terreur qui occulte le sens profond que nous pourrions avoir de l’existence. Elle alimente notre fuite de l’instant et nous ôte cette dimension cohérente qui pourrait nous éclairer sur nos priorités.
Nous nageons tous dans un océan social qui nous tient à distance de nos propres rives. Nous adhérons et souvent malgré nous, à de nombreux systèmes qui nous phagocytent par la bonne volonté qu’ils exigent de notre part. C’est ainsi que beaucoup de personnes abandonnent des objectifs personnels qui correspondaient à leurs désirs profonds, par faiblesse et inertie, par aveuglement.
« Le monde est aveugle, rares sont ceux qui voient » disait Bouddha.
Lorsque cet adage devient en vous une évidence et non pas un effort intellectuel pour le comprendre, la maturité spirituelle s’installe en vous. Pour que cette maturité spirituelle puisse s’installer à long terme, il est judicieux de préserver votre propre souveraineté mentale, comme le défendait Montaigne et nous le rappelle Bastien Bertrand.
Nous pensons aujourd’hui baigner avec agilité dans une marée informationnelle et être au courant de tout ce qui se passe dans le monde et cela en temps réel. Nous pensons devenir ainsi omniscient d’une connaissance vulgarisée qui en réalité est celle du tout et du rien.
En fait, nous sommes en train d’essayer de nager en surface et d’éviter de couler sous le joug de l’information polluante.
Pour combattre cette cécité existentielle, il nous faut apprendre à voir ce qui nous nourrit et ce qui nous détruit. Il y a des activités qui nous élèvent et d’autres qui nous tirent vers le bas, qui nous stimulent ou nous encombrent, autant dans nos relations que dans nos occupations multiples. Ce qui nous nourrit nous donne des clés pour comprendre le monde. Cela nous permet de nous révéler à lui et à nous-même dans l’harmonie de ce que nous sommes véritablement.
Abandonner les rôles inutiles et accepter les choses simples de l’existence en établissant la paix avec soi-même appartient à la maturité spirituelle. Alors, les vraies perspectives peuvent se présenter à vous.
Trop de choses en ce monde sont sources d’anxiété profonde.
Comment vivre bien malgré la souffrance ? Comment préserver sa paix intérieure dans ce monde chaotique ? Comment avoir des amis authentiques dans cette société individualiste et performante ?
En préservant notre authenticité, notre monde intérieur, en cultivant le savoir et en
étant cohérent envers nous-même, nous pouvons incarner l’adage yoguique : " aimer,
servir, réaliser ".
La pratique de l’intériorité méditative est la porte qui peut vous mener à cela.
N’oubliez pas, chaque journée peut être la dernière !
Hari om tat sat
Jaya Yogacarya
Bibliographie :
– " Le Défi Montaigne " de Bastien Bertrand publie par Bastien Bertrand
– Adaptation et commentaire de Jaya
©Centre Jaya de Yoga Vedanta Île de la Réunion & métropole
Remerciements à C. Pellorce pour ses corrections.
