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La Haute Ethique

Les chercheurs spirituels que nous sommes, et certains d’entre vous depuis plusieurs décennies, recherchons quelle serait la meilleure façon de vivre pour nous, afin d’être plus justes, plus libres intérieurement mais aussi plus compatissants et moins dominés par l’ego, les désirs ou la peur.

La société contemporaine, malgré ses aspects plus démocratiques et civilisés, semble développer chez l’individu tout le contraire.
Ainsi l’homme d’aujourd’hui plus individualiste, entretient le culte de l’égo et du paraître, participe à un système commercial qui manipule ses désirs, et enfin pratique des sports extrêmes ou des défis plus ou moins pertinents à son existence, défiant ses propres peurs et sa propre mort. Nous avons développé une société où l’objectif de vie est celui du plaisir et de la performance.

Au-delà de l’acquisition d’un savoir et la maîtrise de pratiques à des fins d’éveil de la conscience et de l’énergie, le vrai travail spirituel et plus encore yoguique consiste à fortifier les fondations de notre être par une éthique mûrement choisie et un comportement adéquat. Il sera adapté à notre préservation mais aussi à celle des autres, tout en ayant une mission de vie essentielle.

Ainsi, selon les différentes philosophies et traditions spirituelles, les grands traits qui pourraient définir l’éthique spirituelle reposent sur quelques principes qui peuvent nous sembler basiques voire acquis aux pratiquants et qui pourtant nécessitent un travail constant de réajustement ou d’acquisition.

La connaissance de soi est l’incontournable premier grand principe.

Qui suis-je dans cet étrange monde ?

Dans la tradition hindouiste ou bouddhiste, nous sommes dès le départ sujets à illusion et à la méconnaissance du réel.
Attachements à la carnation, peur de la mort, intentions de vie sont autant de points obscurs pour un grand nombre d’êtres humains, quelles que soient les traditions. D’où le travail des pratiques spirituelles orientales sur la libération de cette illusion et la nécessité de réalisation personnelle par l’union à un principe absolu considéré comme supra conscient. Voir mes nombreuses conférences sur ce sujet.
Le discours scientifique qui se revendique réaliste ne peut démentir encore aujourd’hui ce principe absolu.

La maîtrise de soi est le deuxième trait essentiel de la pratique yoguique. Sans aller jusqu’au stoïcisme, bien que celui-ci ne prône pas la rigidité mais la mesure, et toujours en ajustement de la liberté intérieure, les pratiques d’intériorisation nous apprennent à considérer les émotions à leur juste place et à ne pas les laisser dominer toute notre existence.
Vivre selon ses impulsions ne peut mener qu’au chaos.

Dans l’approche yoguique, la maîtrise de soi s’expérimente par différentes pratiques, allant de celles du corps, des postures, du souffle, de l’hygiène, de l’alimentation, de l’énergie à celles relevant du mental et de la pensée.
Pour exemple, souvenons-nous de la métacognition où l’observateur ne s’identifie pas à son émotion si elle est négative. Il peut ainsi transformer sa déclaration intérieure « je suis en (telle émotion) » par « j’ai cette émotion », pour la transformer encore en « je pense que j’ai cette émotion » pour finalement adopter la stratégie de pensée et se déclarer intérieurement « je prends conscience que je pense que j’ai cette émotion ». Il a ainsi une maîtrise de ses émotions par l’observation de sa pensée.

Parmi les grands traits que tout pratiquant se doit de développer dans sa vie spirituelle et agir en conséquence, se trouvent la compassion et la bienveillance.
Cela implique l’amour.

Chacun d’entre nous cache au fond de lui des graines de violence, d’égoïsme et d’indifférence prêtes à germer rapidement devant toute situation où l’ego ou notre liberté serait en danger. Lorsque nous apprenons à créditer la souffrance de l’autre au même titre que la nôtre, nous déracinons ces mauvaises graines.
La compassion revient à « apprendre à voir » la souffrance, chez soi-même en premier mais aussi chez autrui. La compassion envers soi-même ne revient pas à s’autoflageller pour ses propres erreurs, mais à les reconnaître avec bienveillance et en tirer des leçons.
Quant à la souffrance d’autrui, après l’avoir vue, il faut pouvoir la ressentir.
C’est l’empathie. Or, vous pouvez voir sans ressentir. L’action bienveillante pour aider ou soulager l’autre ne peut venir ensuite que s’il y a le ressenti de sa souffrance.
C’est le même processus pour soi-même. Nous pouvons nous illusionner sur notre propre souffrance, ne rien voir et ne rien faire pour nous soulager.

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« Voir, ressentir, aider », est le credo qui devrait ronronner naturellement en vous.

Il ne s’agit pas de vous positionner en sauveur du monde mais bien de mesurer votre rayon d’action bienveillante pour vous-même et pour l’autre.
Ainsi, servir l’autre et le soulager est, pour les grandes traditions aussi bien chrétienne qu’hindoue ou bouddhiste, un aspect très important de l’éthique spirituelle, ce que nous, pratiquants de yoga, apparentons au karma कर्म yoga.

Pour cela, il faut savoir faire preuve d’humilité.
Celle-ci permet dans un premier temps, de cesser de penser en termes de relation de rentabilité. La relation à autrui ne devrait pas être basée sur l’intérêt qu’elle puisse apporter en retour. Cela implique le détachement des fruits de nos actes dans le service. Or, de nos jours, l’autre est souvent considéré dans une relation de marchandage déguisé.
L’humilité, c’est aussi considérer que notre avis sur un sujet donné est relatif car limité. Les sages vous diront : « plus ils avancent, moins ils savent. »
Cet aphorisme définit bien le caractère du vrai chercheur spirituel.

Pour revenir au détachement, autre caractéristique de l’éthique qui nous intéresse, il se positionne déjà par rapport à l’attachement.
Différents degrés entrent en compte. Le détachement dans l’amour ne signifie pas de ne plus aimer mais cesser de vouloir contrôler, posséder l’objet de notre amour.
D’un point de vue spirituel, le détachement concerne le désir, mais aussi la dépendance que nous avons par rapport aux tattva तत्त्व, c’est-à-dire aux éléments qui nous enclavent dans la carnation et l’expérience perceptive. Le total détachement du yogi vise à la transcendance par la pratique, de tous les éléments qui le constituent dans le plan physique, émotionnel, psychique, intellectuel. Ce n’est que lorsque l’expérience de ces plans a été comprise, que le total détachement peut être atteint. Ce qui veut dire que tous les éléments ont été dissous à leur propre essence et résorbés, permettant l’enivrement par la supra conscience, assimilée à l’éveil spirituel, à la montée de la kundalini, ou autre réalisation spirituelle définie selon la tradition à laquelle elle appartient.

Ce qui donne corps à l’étique spirituelle d’un chercheur, c’est la nature de sa quête. Or, la quête spirituelle place la vérité au cœur de la transformation intérieure et personnelle. Si la Vérité peut être assimilée à ce qui correspond à la réalité, sachant que nous sommes encore dans la perception limitée et parfois illusoire de cette dernière, nombreux sont les chemins pour y arriver.
Que ce soient les initiés, les grands religieux, les philosophes grecs, les sages, les rishis ou les yogis, tous placèrent et placent encore la vérité au centre de leur quête.

La voie spirituelle en fait son principal objectif et l’éthique yoguique nous rappelle que pour mener à bien cette quête et avoir des réponses, il y a nécessité à l’authenticité. La sienne propre en termes d’individu mais aussi celle du savoir utilisé. Je veux parler ici du savoir millénaire yoguique qui a déjà fait ses preuves. Cela n’ôte pas la possibilité de le remettre en question dans ses limitations liées à des époques désuètes, par l’ajout de moyens contemporains de prospection de la psyché humaine. Si la nature humaine a considérablement muté, une grande part de son mental est restée la même. L’éthique millénaire n’est pas encore obsolète et reste la meilleure stratégie pour consolider sa transformation.

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Si l’éthique, d’un point de vue ancestral, cherchait à savoir ce qu’est le bien et comment agir en conséquence, d’un point de vue contemporain, elle s’est ouverte à d’autres préoccupations.

Nous sommes nombreux sur cette petite planète à vivre ensemble, et sommes davantage responsables les uns des autres. Chaque nation, plus que jamais, doit tenir compte désormais de la configuration géopolitique dont elle dépend car nous sommes passés à un ordre mondial, dans les domaines d’échanges et de communications, de consommation des ressources énergétiques. Pouvons-nous n’appliquer simplement que l’éthique du bien sans tenir compte des libertés individuelles, celle des peuples et de l’avenir des futures générations ? Au vu des transformations profondes auxquelles la société fait face, réchauffement climatique, IA, course spatiale, etc., la donne a changé.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de la prise de conscience de ce qui est indigne de soi, d’un point de vue spirituel et personnel.

Concernant l’éthique générale, la race humaine aujourd’hui se pose cette question dans bien des domaines, dans ses réflexions sur les droits humains, la génétique, la médecine, la justice, la technologie.
L’être humain ne doit pas perdre sa dignité en étant réduit à un moyen par autrui. C’est une vieille pratique chez l’homme d’asservir autrui par l’esclavage de toutes sortes. La race humaine d’aujourd’hui s’en offusque mais le processus continue, soit de façon primaire par un réel esclavagisme encore existant dans certains lieux, soit de façon déguisée par un esclavagisme idéologique ou économique.

Ce que l’on appelle aujourd’hui l’utilitarisme contemporain, est l’éthique des conséquences.
Comment aider sans sacrifier ? Par exemple : la cause animale et la recherche scientifique en laboratoire qui en dépend, la pauvreté et l’exploitation économique du labeur peu onéreux, etc.
Comment aider nos proches par amour sans se sacrifier ? La compassion envers l’autre implique aussi la compassion envers soi-même.
Défi très délicat à résoudre et à vivre.

Comment diminuer la souffrance et augmenter le bien-être sans sacrifier quelque chose d’aussi important qui profite et dépend de cela ?
Où commence notre liberté et où finit-elle ?
Devons-nous arrêter d’acheter des tapis persans faits par des enfants à l’autre bout du monde ?
Avons-nous le devoir moral de le faire ? Comment soulager ces enfants ?
Ce n’est là qu’un exemple simple par rapport à des enjeux encore plus obscurs et à grande échelle du monde d’aujourd’hui.
Il y a bien des strates complexes à appréhender si nous voulons maintenir l’exigence comportementale. Souvent, nous baissons les bras, car il y a beaucoup d’éléments sur lesquels nous n’avons pas la main ou qui ne dépendent pas de nous.
L’éthique de l’existentialisme du XX° siècle posait le libre arbitre de l’homme humain. Pour lui, nous sommes responsables de nos choix. Il n’existerait pas une nature préalable à l’homme qui lui fournirait une règle morale. L’homme serait condamné à être libre, la liberté impliquant une responsabilité profonde. Impossible alors de se cacher derrière des déterminismes ou des excuses pour justifier une morale.

Mais cela implique que nous soyons positionnés face à autrui.
La notion de bien et de mal est à la fois importante dans la gestion personnelle de notre propre préservation, mais elle vient aussi dans la confrontation à autrui, et elle ne vient qu’après.
La rencontre avec l’autre crée en nous une responsabilité comportementale.

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J’ai donc en tant que guide spirituel, une grande responsabilité comportementale vis-à-vis de vous.
L’inverse se vérifie.

Le pratiquant de yoga, le chercheur spirituel se doit d’incarner une haute éthique.
Nous ne parlons pas ici de s’enfermer dans une rigidité morale et d’en les règles morales aveuglément sans chercher notre propre vérité. Un chercheur spirituel aguerri a en principe résolu les comportements liés à la non-violence, la compassion, la maîtrise des paroles et des actions et développé une conscience attentive. Le premier objectif de cela est de diminuer la souffrance, la nôtre mais aussi celle de l’autre, des autres.

Le yoga a la réputation d’être individualiste du seul fait que l’on travaille à sa propre transformation, optimisation. Mais réduire la souffrance en soi permet aussi de la réduire chez les autres par la propre transformation de son esprit, de son comportement et surtout la prise de conscience. Il peut exister chez des pratiquants non avancés une éthique égoïste masquée où les beaux discours ne sont pas illustrés par les actes.

Incarner une haute éthique donne du respect pour soi-même, de la confiance et de la noblesse d’âme et d’action.
Dans la pratique yoguique, nous avons la chance de pouvoir aller à la source de nous-même et c’est un bien précieux. L’enseignement vous aide à cela, il donne les moyens de découvrir cette source.
Je trouve la source pour moi-même et vous aide à trouver aussi la vôtre.
Il y a un travail profond, méticuleux qui est fait pour vous en amont.
Ainsi donc, ne considérez pas la science yoguique ni vos guides comme des objets de consommation que vous prenez ou vous lâchez sans prévenir, quand le cœur vous en dit. Le cours de yoga, à un niveau avancé, ne doit pas être sur votre agenda, au même titre qu’un cours d’Aqua gym ou de fitness, de peinture sur mosaïque ou de salsa. Nous œuvrons ensemble depuis de longues années à un travail essentiel, à savoir celui qui pose le postulat de départ : comment percevons-nous le monde et comment pouvons-nous agir ?

Si vous pratiquez depuis de longues années, ne laissez pas la facilité et le conformisme de pensée et d’action prendre la place de l’exigeante quête.
Restez toujours neuf et créatif pour l’incarner, à commencer par être respectueux envers vous-même et envers ceux qui vous aiment, envers nous.

Hari OM tat sat
Jaya Yogacarya

Remerciements à C. Pellorce pour ses corrections

©Centre Jaya de Yoga Vedanta Ile de la Réunion & métropole

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