Conférence du 18 fev 2026
– « Oui, je pense en effet qu’en 2026, les femmes sont faites pour rester à la maison et faire les tâches ménagères ! » dit ce jeune homme d’une trentaine d’années, confortablement assis dans un fauteuil...
– « Si vous voulez perdre vos dix kilos, faites comme moi, du Tai Chi et en deux semaines, vous semblerez à 50 ans en avoir 20 de moins », dit une femme de trente ans aux cheveux gris...
— « Oh ! mais c’est amusant ce chat qui danse comme un humain. ! Que ne fait-on pas avec l’IA ! »
– « Ah ! c’est l’IA, c’est l’IA, c’est l’IA, les mégabytes à la lanterne »...dira Jaya
– Cette année, jackpot pour les signes du poisson, scorpion, cancer et balance...
– Rendez-vous international pour le record mondial du cri de le mouette. Les bretons sont en tête !
– Emeutes en Iran, 30000 morts selon les réseaux, 500 selon le gouvernement Iranien.
– Patrick Bruel a ouvert un hôtel de luxe et rencontre des difficultés dans ses travaux. Cagnotte en cours pour lui sur le web...
– Naissance de trois petites filles. Parmi les triplés, des siamoises rattachées par le petit bassin. Une particularité rarissime. Toutes les quatre se portent bien.
– Trump aurait un registre limité à 200 mots et une déficience mentale...
– Satgourou nous rappelle au lâcher prise lors d’un incendie...
– Comment déboucher vos toilettes avec du protoxyde d’azote...
– Dernier essai quantique prometteur dans ce laboratoire allemand. La téléportation sera-telle possible un jour ? Pour l’instant, ça bloque !
– Dernière astuce pour ôter vos tâches de sang sur votre chemise blanche ? Ne tuez pas !
– Votre recette détox du jour : persil, citron vert, gingembre et cognac...
– Comment danser sur Jérusalem quand on est handicapé, nous montre une jeune femme dite canon et qui ne l’est pas…handicapée ?
– Surtout, gonfleurs de fessiers et labiaux seront incontournables pour le prochain black friday.
Etc.,etc.,etc.
Montre en mains, 3 minutes suffisent pour « scroller » ce lot d’une quinzaine de phrases aux informations disparates et hétéroclites sans lien direct les unes avec les autres.
En peu de phrases et de visuels sur les réseaux - les images impactant plus vite encore que les mots - vous pouvez passer des préoccupations les plus basiques ou superficielles aux préoccupations les plus scientifiques voire existentielles, des témoignages les plus pacifistes à ceux racistes et intolérants, des propositions artistiques magnifiques aux démonstrations les plus grotesques dont la race humaine est capable. Les grands principes spirituels, du moins ceux adressés à un large public, côtoient la vulgarité ou la violence.
Scroller désigne l’action de faire défiler verticalement ou horizontalement un contenu numérique à l’intérieur d’une fenêtre graphique.
Les réseaux sociaux perturbent la sécrétion d’ocytocine, communément appelée « hormone de l’attachement » voire celle de l’amour et de l’empathie et le scrolling excessif a des répercussions concrètes et inquiétantes sur la santé mentale et cognitive des jeunes et moins jeunes, puisqu’il est à présent fréquent chez les adultes. Il induit en tous les cas, une réduction de la concentration.
L’ocytocine, hormone synthétisée par le cerveau est produite dans l’hypothalamus puis envoyée dans l’hypophyse. En passant par la circulation sanguine, elle se diffuse dans tout le corps en flux continu avec des pics de production. Importante durant l’accouchement et l’allaitement, plus largement, elle participe ensuite à la construction et au renforcement de liens particuliers et d’interactions sociales. Elle module l’altruisme, l’empathie, l’amitié, la confiance en l’autre, ou encore les mécanismes amoureux. Bien évidemment, d’autres éléments peuvent être déterminants, comme les prédispositions génétiques, l’histoire personnelle, l’environnement, etc.
Ainsi, certains individus, plus fréquemment les très jeunes, idolâtrent et suivent d’autres personnes virtuelles et idéalisées tout en étant en rejet, voire violents, envers leurs proches de la vie quotidienne.
Les formats courts et rapides des réels sur les réseaux obéissent à des diktats précis.
Un contenu rapide et percutant devrait être de 15 à 30 secondes en durée idéale. Cela permet d’attirer l’attention, de faire passer le message et de conclure avant de perdre l’audience.
Nous pourrions nous demander si cela ressort d’une incapacité des utilisateurs nouveau genre à pouvoir tenir plus longtemps, ce fait déterminant la nature de la courte durée des réels ou si cela vient d’un conditionnement plus ancien des utilisateurs fait par les médias en général et par la publicité télévisée qui a précédé ?
La publicité à la télévision s’est développée en même temps que la télévision, à partir du milieu du XX e siècle. Le premier spot de publicité fut diffusé à la télévision le 1er juillet 1941 sur la chaîne new-yorkaise WNBT (aujourd’hui WNBC) avant un match de baseball.
C’est dire que les publicitaires ont une expérience d’impact de presque 3/4 de siècles sur un large public.
Sur toutes les chaînes TV, la durée d’une pub TV est en moyenne comprise entre 3 et 180 secondes : cette durée n’est pas encadrée par une réglementation. Toutefois, la durée standard d’une publicité télévisée est de 30 secondes et la moitié des spots durent environ l30 secondes. Cependant, ils peuvent aussi durer 10, 20, 40, 50, 60 secondes ou plus. La publicité doit avoir une durée multiple de dix secondes pour s’intégrer à la pause publicitaire.
Pour revenir aux réseaux sociaux, si scroller pendant des heures diminue la capacité d’attention soutenue nécessaire à l’apprentissage et aux tâches complexes, cela pourrait être aussi une cause d’anxiété profonde et existentielle, une forme de stress lié à un manque de sens ou de but dans la vie. C’est une étude de 2024 de la revue Computers in Human Behavior Reports, produite en Iran et aux États-Unis, qui le suggère.
Les neurologues confirment aujourd’hui que le scrolling nuit au fonctionnement du cerveau.
87 % de la population française possède un smartphone. Scroller, cliquer, ou swiper, ne fatiguent pas uniquement les yeux mais affectent dans notre quotidien, les interactions physiques en les réduisant.
L’utilisateur ne communique plus dans le réel durant l’espace-temps virtuel.
Or, la relation avec autrui améliore significativement le niveau de cette hormone.
Photos et vidéos de la vie soit-disant parfaite d’étrangers jeunes et beaux peut rendre anxieux, isoler et dévaloriser une personne lambda, d’autant plus si elle est jeune et en voie d’adolescence. Plus vous passez de temps à vous comparer en ligne, moins vous vous sentirez bien, disent ces mêmes neurologues.
Et dans la vie c’est pareil ! Ne vous comparez jamais !
L’excès d’écran, outre le fait que cela crée un surmenage mental et neurologique induisant des troubles du sommeil par un excès de luminosité ainsi qu’une fatigue mentale, cela active aussi un excès de dopamine.
Surnommée « molécule du plaisir », la dopamine est un messager chimique permettant la circulation d’information entre certains types de neurones.
Dans le cerveau, elle est sécrétée par les neurones dopaminergiques et joue un rôle essentiel dans le mouvement, la motivation, le plaisir et la récompense.
Un excès de dopamine provenant des stimuli numériques peut rendre l’expérience du réel moins satisfaisante, avec un vide émotionnel ou une saturation sensorielle induisant une léthargie ou indifférence.
Pour revenir au problème de l’attention, que se passe-t-il lorsque vous scrollez des réels de 10 secondes ? Avez-vous suffisamment de temps pour analyser ce que vous regardez ou voyez-vous un trait essentiel de chaque message avec une compréhension furtive et superficielle ?
Peu importe, me direz-vous, au vu de la nature des réels en grande majorité spécieux !
Le verbe "voir" signifie que nos yeux remarquent quelqu’un ou quelque chose qui se trouve dans notre champ de vision sans que nous en ayons conscience. Il s’agit d’un acte passif sur lequel nous n’avons pas de contrôle. Le sens de "regarder" est un peu différent, car dans ce cas, il implique un acte volontaire.
Lorsque nous observons le comportement des contemporains qui scrollent leur smarphone, ils semblent regarder leurs réseaux avec grande attention, avec réaction ou non réaction, rires ou surprise, l’œil blasé ou dubitatif. Cela semble s’insérer comme un temps mort à combler dans le déroulement de leur activité quotidienne. Dans une salle d’attente aujourd’hui, peu de gens lisent ou réfléchissent. Tous sont sur leur téléphone, quand ils ne traversent pas un passage au feu rouge, le nez penché voire des écouteurs aux oreilles.
Si des temps morts peuvent être bénéfiques et nécessaires pour dé-stresser ou mettre en repos le cerveau, beaucoup de temps morts dans une journée tuent l’esprit peu à peu, non par le vide qu’ils créent, mais par le trop plein d’informations superficielles prises à ces moments-là.
C’est un temps précieux volé aux moments de pleine conscience de la vie.
Le propre des réseaux est non pas de maintenir l’attention de l’utilisateur mais de sursolliciter sa réactivité, voire son interactivité pour le faire basculer rapidement et souvent à son insu, vers des suggestions visuelles, commerciales, des abonnements divers et variés, des engagements ou des likes qui nourrissent une addiction insidieuse et progressive.
Nous n’avions pas avant l’avènement du numérique, autant d’adultes atteints de TDAH que dans notre société contemporaine, à savoir sujets aux troubles ou non de l’hyperactivité et ayant un déficit assuré de l’attention. Et cela commence déjà dans l’enfance.
Bien sûr, nous ne pouvons réduire le TDAH à la seule cause des réseaux, mais si cette pathologie a toujours existé, n’a t-elle pas été enflammée par les activités contemporaines ?
Ce n’est pas anodin car, si de loin cela semble ne donner à l’adulte d’aujourd’hui qu’une intelligence vivace et instable, cela relève en fait d’une pathologie neurologique et comportementale bien plus profonde.
Si par exemple, l’enfant remue sans cesse et se tortille sur son siège, tape des pieds et des mains, le même enfant adulte tapotera toujours du pied ou des mains, jouant sur son portable ou son pc.
Ça c’était moi enfant. Nous faisons le métier dont nous avons besoin !
Si l’enfant se lève en classe ou ailleurs en dépit des consignes, le même enfant adulte fuira une situation où il est censé rester assis en trouvant un prétexte.
Ça c’était moi aussi enfant, mais ce n’est plus moi adulte, l’art du yoga et de la méditation ayant considérablement canalisé cette hyperactivité.
Ne pas apprécier de devoir rester silencieux, tranquille pendant un long moment, être mal à l’aise dans des situations tranquilles, vouloir terminer des tâches qui requièrent un temps nécessaire sont des aspects du TDAH. Répondre aux questions avant qu’on ait eu le temps de les poser, terminer les phrases des autres, avoir cette impulsivité intérieure relèvent aussi de ces troubles qui sont augmentés par des comportements à risques, alcool, drogue, psychotropes, dépenses excessives, activités dangereuses. L’impatience dans une file d’attente, la conduite rapide, interrompre les autres, être intrusif dans les activités d’autrui, montrent le besoin de répondre à un flux ininterrompu de pensées.
Certains pourront se reconnaître ou du moins reconnaître ce qu’ils pouvaient vivre ou ressentir avant la pratique.
Il est aisé, à l ‘énumération qui précède des dysfonctionnements comportementaux, de comprendre les pouvoirs du yoga et de la méditation à identifier les mécanismes mentaux et les canaliser par une pratique régulière et bienveillante.
Pour un large public, le yoga est souvent perçu comme une stratégie thérapeutique pour parer au stress quotidien à une dépression, voire à ces perturbations mentales.
Le yoga est surtout un correcteur, un ré-adaptateur pour pallier ou corriger ces symptômes.
Chez les adultes qui étaient TDAH enfants, la maturité peut aider à corriger d’elle-même ces anciens comportements par des traits de personnalité contraire. Mais parfois, dans cette auto-correction, les troubles peuvent aussi basculer par des comportements excessifs ou obsessionnels. Une personne perdant souvent ses objets peut devenir hyper-méticuleuse. Une autre hyperactive peut canaliser son énergie par le sport, mais aussi basculer vers des sports extrêmes ou dans l’addiction au sport.
« Ces mécanismes dits adaptatifs restent fragiles et le moindre évènement peut venir perturber cet équilibre laissant re-émerger les comportements de TDAH sous-jacents, » nous disent les spécialistes M.Desseilles, N. Perroud, S Weibel
Le yoga et la méditation, pratiqués régulièrement sur plusieurs années ou tout au long de la vie, ont le pouvoir d’éviter la résurgence de troubles existants.
Bien sûr, depuis des années, je vous parle des pouvoirs du yoga et nous ne pouvons le réduire à une thérapeutique.
Il est bien plus vaste que cela. Il est transcendantal.
De nombreuses fois je vous ai parlé de la concentration, Dhāraṇā धारणा, de l’état d’ekāgratā एकाग्रता, de la concentration poussée.
Souvenez-vous : dans les huit piliers de l’Aṣṭāṅga yoga अष्टाङ्ग योग, nous avons les quatre premiers, les Bahiraṅga बहिरङ्ग, les piliers extérieurs faits d’abord des yama यम et niyama नियम, les observances morales et d’éthique, non violence, honnêteté, etc.
Viennent ensuite les deux autres piliers que sont les Āsana आसन les postures physiques mais aussi celles de méditation et le dernier pilier des quatre premiers, le prāṇāyāma प्राणायाम défini par la maitrise du prāṇa par les techniques respiratoires.
Les quatre autres piliers sont les Antaraṅga अन्तरङ्ग, les piliers internes.
Ils commencent par le pratyāhāra प्रत्याहार le retrait des sens. C’est l’art durant certaines pratiques d’intériorité, de ramener vers l’intérieur les Jñāna Indriya ज्ञानेन्द्रिय, organes des sens, dits organes de la connaissance permettant d’appréhender le monde habituellement et donc toujours tournés vers l’extérieur. Ce principe non seulement canalise la pensée et le corps, mais ouvre les voies au développement des perceptions subtiles.
Ensuite vient Dhāraṇā धारणा, la concentration faite de différents niveaux à savoir ;
– les premiers stades où le mental n’est pas encore totalement stable et oscille encore parfois vers l’extérieur,
– puis l’état d’ekāgratā, qui est la concentration absolue maintenue sur un support donné, concret ou abstrait.
Dans les états de concentration, se pose à chaque fois le problème de la dualité entre le Je et l’objet, à savoir l’objet de méditation ou de concentration. Le flux de la pensée est alors plus ou moins stable et le sujet a conscience d’être un sujet (le Je) et a conscience aussi de l’objet ( le sujet d’expérimentation). L’état d’ekāgratā obtenu permet de passer à l’état de méditation, troisième pilier des piliers externes, où l’état de concentration soutenue ne nécessite plus d’effort, l’état méditatif étant installé par un flux de la conscience constant tout en maintenant cette perception duale du Je et de l’objet.
Ce n’est que lorsque la dualité entre le Je et l’objet disparaît que l’on quitte l’état de dhyāna ध्यान, la méditation pour basculer dans le dernier pilier interne, l’état de Samādhi समाधि.
Le Je et l’Objet disparaissent au profit d’une expérience directe et fusionnelle du Je et de l’objet.
L’objet principal et ultime, étant l’absolu universel, assimilé au divin, à dieu, ou à Brahman ब्रह्मन्, principe métaphysique, immuable et sans qualité.
Nous voyons bien que des années de pratiques sont nécessaires pour arriver aux derniers piliers. Ce ne sont pas des réels de 15 secondes nous invitant à lâcher prise et ne voir que le Divin via des électrodes temporales qui peuvent rivaliser avec une expérience tangible, directe et patiente. Des années de postures silencieuses et assises passent par la ténacité, la volonté, la maitrise du mental, la souplesse et l’endurance du corps, mais aussi par la grande sensibilité intelligente de l’intériorité.
On nous vend de plus en plus des techniques pour obtenir en quelques minutes le travail ardu d’années de pratiques méditatives. Non que ces propositions soient dénuées d’intérêt, permettant peut être d’expérimenter des états modifiés de conscience ou entrevoir des plans subtils, mais la fusion reste indirecte par la présence des interfaces et de courte durée, maintenant la dualité si délicate à transcender.
Au contraire, les supports extérieurs numériques d’aujourd’hui la renforcent en vous maintenant dans cette interactivité avec eux.
Les année passées à la noble pratique consolident en profondeur des qualités
irremplaçables qui façonnent patiemment, au rythme de votre biologie cellulaire, le savoir et la conscience de cette étrange carnation et maintient par son actualisation permanente, la vivacité de votre esprit, dans son désir d’élévation et de perfectionnement.
Pour cela, il est nécessaire de prendre le temps pour regarder à l’intérieur de nous
Plus que jamais, la méditation est ce temps précieux qui y pourvoit.
Hari Om tat sat
Bibliographie :
– commentaire et adaptation de Jaya yogacarya
– Manuel de l’hyperactivité et du déficit de l’attention de M. Deseilles, N Perroud et S. Webeil aux edt Eyrolles
©Centre Jaya de Yoga Vedanta Ile de la Réunion & métropole
Remerciements à C. Pellorce pour sa correction
