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Aléas !

Conférence donnée par Jaya Yogācārya en cours de méditation le vendredi 28 mai 2021

Nous reprenons inexorablement, tant que l‘existence nous le permet, ce bel enseignement spirituel.
Combien de temps aurons-nous, face à l’éternité, pour vivre cette occasion joyeuse de nous revoir, de partager ce beau silence méditatif, d’approfondir ensemble la réflexion métaphysique sur cette dite existence, sur cette dite éternité ?
Notre mérite, c’est d’essayer de la regarder en face.
A quand les retrouvailles en chair et en os, loin de ces interfaces numériques ?
L’impermanence de la vie rend ces retrouvailles précieuses pour les êtres profonds, sensibles, pour ceux qui sont en quête spirituelle dans le respect de l’autre et d’eux-mêmes, pour ceux qui s’aiment véritablement.
Combien de paramètres positifs sont nécessaires pour que nous puissions réaliser ce partage ?
Nous avons, pour certains d’entre-nous ici, traversé ensemble les mêmes champs de bataille. Nous avons compati à la peine de l’autre, avons mûri ensemble, avons découvert l’aphorisme, « Aimer, Servir, Réaliser ».
Certains ont plus ou moins su l’appliquer selon leurs exigences spirituelles, l’ont plus ou moins compris, plus ou moins intégré dans leur réalité quotidienne.
L’amour aide à combattre le vil du monde. Il s’établit véritablement chez celui qui a réussi à se dévêtir de l’ego, Ahaṃkāra अहंकार.
Quand l’amour ne vous habite plus, vous devenez vindicatif et vous entrez dans le chaos relationnel en essayant d’entrainer l’autre dans votre énergie négative.

Les personnes aimantes et de bonne volonté sont des pierres brillantes polies par la générosité d’âme. Elles sont rares !
Ils sont rares les amoureux de l’amour, les amoureux de l’amitié.
Je sais qu’il y en a certains parmi vous, dans cette assemblée.

Parmi les nombreuses approches de l’amour, il y a celle de l’amour spirituel. Il y a celle de l’ascète détaché des effets du temps et du karma, voire du monde et qui vise à la libération personnelle en travaillant sans relâche à cette fusion avec l’amour divin. Il agira par la puissance de son engagement physique et mental sur sa propre réalité karmique et peut devenir un modèle de transcendance, voire un guide direct ou indirect, empli de compassion et de lucidité envers les hommes.
Il y a celle du religieux, le serviteur et miséricordieux, qui, au nom de l’amour pour Dieu, sert les hommes dans une voie de dénuement afin d’accéder à la grâce et la vie éternelle dans un autre monde.

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Il y a celle de tous les autres, chercheurs spirituels, croyants ou non, humanistes, qui sont animés par un idéal d’amour qui induit chez eux une logique comportementale intègre et non violente souvent censée, entre autres, de les garantir de retours causals négatifs.

Sans remettre en question l’intention sincère de l’amour quel qu’il soit, nous devons éviter certains pièges dans notre rapport à la réalité du monde quand il s’agit de lui.

Aimer autrui en se comportant avec la meilleure des morales, un raisonnement sain et logique, ne garantit pas d’obtenir ce que nous espérons de cette démarche apparemment idéale.
Nous pouvons par exemple être généreux et n’obtenir aucune reconnaissance de cette générosité, aucun remerciement, ni gratitude. Bien sûr, me direz-vous, il faut donner sans rien attendre et être détaché du fruit de ses actes.
C’est la démarche du yogi qui nécessite l’abnégation et la perte des illusions pour gagner en liberté. Ce n’est pas la voie de tout le monde.

D’un point de vue plus général, pourquoi la réalité ne répond-elle pas toujours et équitablement à nos bonnes intentions et à nos bonnes actions ?

Si cette générosité s’adresse intelligemment au divin, c’est à dire si elle sait parler au réel, nous ne pouvons espérer de réponse immédiate car il y aura toujours un délai de réponse du fait de l’inertie de la matière et de la matérialisation de l’univers.
Méfions-nous des attentes misant sur la morale et la reconnaissance divine et misons plutôt sur la dimension de l’ordre cosmique et de l’harmonisation énergétique de l’univers.

Le monde sait ce qu’il fait, les hommes rarement !

Si cette générosité s’adresse au monde des hommes, c’est oublier qu’un grand nombre d’entre eux sont trop centrés sur eux-mêmes et n’ont jamais intégré l’altruisme ou le dévouement.
Nous attendons souvent d’autrui ce qu’il ne peut nous donner.

L’amour ordinaire humain est hélas souvent basé sur l’instrumentalisation de l’autre. L’amour filial échappe peut-être à cela, soit par l’abnégation des parents si ceux-ci sont dévoués et généreux, soit par le service des enfants envers leurs aînés lorsqu’ils vieillissent.
Et encore ! Tout est affaire de conscience !
Parfois c’est affaire de justifications souterraines du devoir ou d’intérêts.

L’amour de la vie, la pensée positive, le dévouement ne peuvent être le seul carburant de nos actions pour obtenir de la réalité des réponses positives à nos idéaux.

Nous sommes dans l’attente causale de notre intention, dans la logique ordinaire du déroulement du temps. Une cause produit un effet, et nous pensons ; « Si je suis bon, j’aurai un retour bénéfique ».
Parfois cela marche, parfois non, souvent cela ne marche qu’en partie.

Les nombreux paramètres qui rentrent en jeu dans cette équation
« Intention = Résultat » peuvent être abordés par plusieurs raisonnements.
Tout d’abord, il y a le raisonnement qui fait appel au modèle quantique du physicien V. Zeland et qui met en évidence la notion des forces d’équilibrage que la nature renvoie lorsque nous accordons trop d’importance à une intention, d’autant plus si celle-ci a pour objectif d’obtenir. En augmentant "l’importance de notre intention" afin d’obtenir quelque chose, nous créons "un potentiel en excès" qui déséquilibre énergétiquement le champ infini réactionnel de la réalité.
Nous obtenons bien souvent le contraire de ce que nous voulons.
Notre intention interne et personnelle veut en imposer à l’intention externe du monde au lieu de se servir intelligemment d’elle.
- Vous êtes trop gentil et vous prenez malgré tout des coups !
- Vous faites le maximum pour réussir un projet et pourtant celui-ci ne se réalise pas conformément à vos attentes !
La façon dont vous allez négocier votre intention avec celle du monde, positionner votre propre monde, déterminera le succès ou l’échec. Nous en avons déjà parlé dans des conférences précédentes.

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L’autre approche, c’est celle de l’observation de la causalité et des mécanismes du temps qui sont en jeu entre notre intention, sa matérialisation factuelle dans le présent et son déroulement vers le futur.
Le scénario habituel veut que nous fassions un projet et suivions un plan A, voire intégrions un plan B pour atteindre notre objectif. Comme cela ne donne pas toujours le résultat escompté, nous devrions peut-être rajouter à notre façon de penser selon la logique causale, une autre stratégie.

Pour aller au-delà de la logique causale, nous pourrions essayer d’appliquer au temps une pensée logique non causale, nous dit le physicien P.Guillemant.

Qu’est-ce à dire ?
"En définissant le futur que j’escompte, quels seraient tous les évènements possibles ne relevant pas uniquement du processus causal prévisible, entre ce futur défini et mon présent connu, lui-même déjà défini ?"

Il y a là une infinité d’évènements possibles.
Le raisonnement échappant au seul déroulement possible du plan de la logique causale permet la perception d’une infinité d’interventions possibles de l’intention externe du monde à intervenir sur mon intention interne, ce que je pouvais anticiper de façon beaucoup moins créative par la logique causale. La « dispersion indéterministe » engendre ici une foule d’aléas, et donc de futurs possibles dont parmi eux se trouvera le futur escompté.

Au-delà de notre propre intention et de la mise en œuvre matérielle de cette intention, il y a celle du monde qui va se manifester par des « événements réponses » pouvant apparemment relever du hasard (toujours à définir), de coïncidences, d’aléas (évènements imprévisibles) et tous vont participer positivement ou entraver notre intentionnel projet, qu’il soit matérialiste ou autre.

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Quels sont ces intentions externes ?
Sont-elles juste le fait d’une infinité d’aléas de la nature qui peuvent entrer en jeu à tout moment ?
Par exemple ;
- vous avez fait preuve de service, de générosité envers un proche. Un événement personnel désagréable lui arrive, un évènement étranger à vous et vous voilà entrain recevoir les foudres, les critiques, un rejet à la place de quelqu’un d’autre, votre proche étant aveuglé par la colère, la peur, le chagrin, l’absence de discernement ou n’importe quoi d’autre.
Voilà un mauvais scénario !
Le commun des mortels va se sentir blessé, injustement traité et va se poser la question : mais pourquoi cela m’arrive-t-il alors que je n’y suis pour rien ? S’ensuivront soit des contentieux, soit une extrapolation de mea-culpa, soit des encombrements psychologiques, des reproches envers autrui, des justifications supposées karmiques de votre imbrication à cet évènement, etc.

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Autre exemple ;
- un ami vous invite à une marche en forêt où vous vous faites une grave entorse de la cheville qui va vous empêcher de prendre l’avion prévu du lendemain dans lequel se trouvera un voyageur très contaminant par un variant de la covid-19.
Restons d’actualité !
Ça, c’est le bon scénario !
Bon d’accord, j’avoue, une grave entorse, il y a mieux comme scénario !
Je vous en propose donc un autre.

- Vous allez à l’aéroport, vous êtes extrêmement fatigué par les préparatifs de votre voyage, et au guichet, l’agent de votre compagnie aérienne est un ancien amour que vous retrouvez après vingt ans. Du coup, avec un clin d’œil, il ou elle vous surclasse en business.
Je suis sûre que vous préférez ce scénario-là !

Tous ces paramètres externes à votre intention ont dû devenir compatibles et synchrones dans un espace-temps fort réduit pour que tel scénario se joue de telle façon, façonne votre présent et par là même votre futur.

Souvenez-vous de la théorie de la loi de convergence des parties voir conf « Prémices et coïncidences » qui nous permet de supposer qu’on puisse remonter le temps en réunissant les parties d’un système ayant été désintégré par le temps lui-même.
Nous avions l’exemple du vase cassé.
Dans cette approche, nous remontions le temps par une seule logique causale. Cette loi n’étant qu’une théorie, les scientifiques à ce jour n’ont bien sûr aucun calcul pour l’appliquer dans le champ du réel et ne peuvent pas reconstituer le vase d’origine. Mais théoriquement, cela serait possible.
Toutefois, cette loi doit tenir compte, au-delà de son déterminisme inverse qui remonte la logique de l’effet vers la cause, de nombreux paramètres qui peuvent être ceux intervenus pendant sa dissolution ou les causes de la cassure du vase. Ce sont ces aléas auxquels il est difficile de remonter et qui sont intervenus dans l’histoire du vase.
A t-il été cassé par accident, volontairement, à quelle occasion, etc. ?
Tel morceau a t-il été ramassé et emporté dans une poche, roulé par les vagues, écrasé par un pied, repeint et rajouté à une mosaïque, etc., etc., etc.

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Ainsi donc, le futur désiré serait difficile à réaliser avec un simple plan A ou B logiquement causal, si nous ne prenions pas aussi en compte les nombreux paramètres externes, voire les aléas qui peuvent intervenir sur le chemin pour y arriver.
Dans la « dispersion indéterministe » qui inclut ces aléas, ce qui compte, ce sont les « durées de croisement ou recouvrement des intervalles temporels » de ces aléas, nous dit le même physicien.

Les aléas, à savoir donc des évènements imprévisibles, peuvent parfois apparaître comme des coïncidences qui aiguillent ou interpellent plus ou moins notre attention.
Ils peuvent être tout simplement des évènements étrangers à nous, inattendus et marquants au point de faire basculer brutalement le cours de notre présent.

Souvenez-vous de l’exemple de la dernière fois quand nous parlions du "synchronisme".
Le rayon de soleil qui éclaire quelques instants la pancarte m’indiquant le bon chemin et que je n’avais pas vue alors que j’étais perdue. Il y a une durée de l’intersection des espaces-temps entre moi, le rayon de soleil, la pancarte, le chemin. Cette durée d’intervalle où tous ces paramètres deviennent synchrones, compte dans la synchronisation des aléas positifs ou négatifs de cette situation.
Plus ces intervalles sont larges, plus les aléas aideront un événement à se réaliser.

Difficile de savoir d’où viennent ces aléas, s’ils viennent d’une intention externe cosmique ou de la nature ? Par contre, ils ont lieu dans la réalité phénoménale.

La probabilité des synchronismes favorables pour nous aiguiller sur le chemin reste faible et nécessite notre totale attention au réel, notre vigilance d’observateur.
C’est de notre lecture subtile de la réalité et de ses événements que peut venir l’éclairage, les informations primordiales, les prémices, tout ce qui est utile pour aider davantage notre intention afin qu’elle réussisse son objectif avec sa logique causale.

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Les coïncidences heureuses ou malheureuses qui permettent de réaliser ou d’entraver nos intentions relèveraient-elles de la seule puissance de notre esprit à agir, peut-être à notre insu, sur le réel et ses infinies potentialités pour réaliser le futur déjà défini ?

Les aléas externes, qui apparaissent, quant à eux, comme des évènements indépendants de notre intention, sont-ils finalement si étrangers que cela à notre intention interne ?
Sont-ils dans le mécanisme de réalisation qui nous fait aller du présent vers un futur déterminé, les évènements nécessaires sans quoi ce futur n’aurait pas lieu ?
Qui tient les véritables ficelles du temps et de son déroulement ?
Est-ce la réalité du monde qui joue avec cela ?

Revenons à l’amour, à la gentillesse, au service à l’autre et aux bonnes intentions qui ne sont pas toujours récompensées dans le présent. En attendant que l’univers réponde à vos bonnes actions du passé - les graines sont peut-être longues à germer - prenez conscience de votre présent.
Votre degré de réalisation aujourd’hui est le résultat, l’objectif atteint du degré de volonté de vos intentions passées ajouté des aléas bons ou mauvais qui ont façonné votre existence.
Quelle est la part de l’intention volontaire ?
Quelle est la part de l’observateur en vous qui a su décrypter ou non les coïncidences pour choisir les bons ou mauvais chemins ?
Quelle est la part de la mise en œuvre, en action ?
Et enfin, quelle est la part des aléas qui vous ont propulsé ou vous ont entravé ?
A vous d’observer.

Hari om tat sat
Jaya Yogācārya

Bibliographie :
- « La route du temps » de P.Guillemant aux edts Trédaniel
- Adaptation et commentaire par Jaya Yogācārya 
 

©Centre Jaya de Yoga Vedanta Ile de la Réunion

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